Discordances astrologiques

Si l’on devait définir l’astrologie, on pourrait parler à la fois d’une discipline et d’un système de croyances et de pratiques. Elle se base sur un supposé lien entre la géométrie des configurations célestes (planètes, soleil et lune principalement) et nos vies (personnalité, santé, relations sociales, destinée, évènements futurs, etc)[1]. Au-delà de ses usages amateurs ou folkloriques, vient aussi des consultations chez des astrologues professionnels où se mêlent une création et une analyse de thème astral, des conseils, une écoute du client, des recherches de réponses, etc.
Une fois cela résumé, on peut s’interroger : pourquoi en parler sur ce blog ? Car en dépit de son caractère pseudoscientifique, l’astrologie persiste et continue de fasciner, de convaincre. Même aujourd’hui il lui arrive de gagner en popularité [2].
Soyons clair, le sujet est vaste pour un seul article :
- Il existe de nombreux courants (parfois incompatibles entre eux), et tous n’ont pas les mêmes prétentions.
- Pour bien faire, il faudrait parler de l’histoire de l’astrologie et des nouveautés modernes : cela permettrait de formuler des critiques plus justes et contextualisées.
- Même en se concentrant sur notre époque, il y a plusieurs choses que l’on pourrait traiter : les simples horoscopes de presse, les croyances du grand public, celles des astrologues professionnels ou de leur clientèle, etc.
- Il faut à la fois rester concis mais ne pas faire une mauvaise critique…
Cependant, tentons tout de même l’expérience ! Concentrons-nous sur les usages modernes et l’astrologie tropicale. Revoyons quelques bases, explorons les problématiques principales et surtout, tâchons de faire un travail honnête.
Rappels astronomiques et interactions élémentaires
S’il est une science des astres établie, c’est bien l’astronomie. Nous avons beau ignorer encore beaucoup, il est bien avisé de se rappeler de quelques bases que nous savons déjà, avant de poursuivre.

Le système solaire est souvent représenté de manière simpliste comme l’illustration ci-dessus. Elle est peut-être jolie, mais ne rend pas bien compte des échelles, des différences entre les orbites, des tailles entre les corps ou encore des distances colossales qui les séparent. A titre indicatif, on se rappellera que Jupiter est tellement grande qu’elle pourrait contenir … 1300 Terres … et l’on pourrait mettre Jupiter environ 1000 fois dans le soleil… Quant aux distances, même vertige : Neptune est située à environ 4.5 milliards de kilomètres du soleil… et la lumière du soleil, à 300 000 km/s, arrive sur terre après avoir voyagé dans l’espace pendant … 8 minutes et 20 secondes en moyenne ! [3]
Un bon site qui tente de montrer les distances à l’échelle est If the moon were only 1 pixel. On peut voir que le système solaire, c’est avant tout beaucoup de vide. Quoi qu’il en soit, on se contentera de notre image caricaturale pour l’instant, pour se rappeler que nous avons :
- Le soleil
- Ensuite, les planètes telluriques (Mercure, Vénus, Terre, Mars). La lune est le nom donné à notre satellite naturel mais Mars possèdent également les siens (Phobos et Deimos).
- Ensuite, une ceinture d’astéroïdes qui contient des planètes naines comme Cérès.
- Ensuite, les grandes planètes gazeuses (Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune). Elles possèdent aussi de nombreux satellites naturels.
- Enfin, d’autres objets transneptuniens tels que des planètes naines comme Pluton ou Éris.
Par définition, le système solaire ne contient que le soleil comme étoile, et il faudra parcourir plus de 4.2 années-lumière (environ 40 000 milliards de kilomètres) pour en trouver une autre, Proxima Centauri.
Les différentes planètes orbitent autour du soleil à des vitesses différentes et au vu de leur distance à celui-ci, elles ont plus ou moins de parcours pour effectuer une révolution complète, une année. Neptune met ainsi environ 164 ans à faire le tour du soleil et donc depuis sa découverte en 1846 et bien, un seul an Neptunien s’est écoulé…
Les 8 orbites des planètes principales se situent « à peu près » sur un même plan, que l’on appelle l’écliptique. Sur terre comme ailleurs, les jours sont dû à la rotation de la planète sur elle-même, et les saisons causées par l’inclinaison de l’axe de cette rotation par rapport à l’écliptique, changeant donc l’intensité lumineuse fournie par le soleil sur les différents continents.
Ceci donne cette représentation :

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cliptique#/media/Fichier:Earths_orbit_and_ecliptic.svg
Ainsi donc, vu depuis la terre, qui est elle-même inclinée, le plan de l’écliptique devient une ligne dans le ciel sur lequel le soleil se déplace (cela dépend aussi de où on se trouve sur terre, mais passons). Certes, on peut voir le soleil se déplacer « rapidement » chaque jour dans le ciel, mais cet effet vient juste de la rotation de la terre sur elle-même. Et c’est « tout notre ciel » qui tourne en même temps que le soleil, lors de cette journée. Si par contre on s’intéresse au changement de position du soleil par rapport au reste du ciel, cela dépend maintenant de la position de la terre autour de lui, ce qui est plus lent puisqu’elle prend 365 jours à en faire le tour.
Les constellations, ces dessins arbitraires (et culturels) formés par la projection d’étoiles lointaines sur la voûte céleste, et en particulier celles présentes le long de l’écliptique, bougent lentement par rapport au soleil tout au long de l’année.
On pense souvent que la présence de celui-ci dans l’une des constellations de l’écliptique, au moment de la naissance, est supposé donner le signe du zodiaque qu’utilise les astrologues, mais ce n’est pas exactement le cas, car comme nous allons le voir un peu plus loin, la plupart utilisant une division du ciel en 12 parties égales de 30°.
Pour finir, je voulais mentionner les forces et interactions possibles dans l’univers que nous avons découverts au cours des siècles. Elles nous permettent d’étudier des phénomènes et, au moyen de formules, de prédire avec succès des comportements. On compte 4 interactions élémentaires :
- L’interaction nucléaire forte : La plus puissante des interactions, responsable de la cohésion interne des noyaux des atomes. Sa portée est extrêmement faible, elle n’agit qu’au niveau atomique.
- L’interaction nucléaire faible : Responsable entre autres de la radioactivité, elle a également un rayon d’action très faible.
- L’interaction gravitationnelle : Responsable de l’attraction des corps, elle est plus faible que les autres interactions. Elle a une portée illimitée mais son intensité décroit comme le carré de la distance.
- L’interaction électromagnétique : Responsable de nombreux phénomènes électriques et magnétiques. Elle explique l’existence de la lumière, est véhiculée par des photons et a une portée potentiellement infinie.
Rappelons enfin que la lumière visible n’est qu’une partie du spectre électromagnétique, ce qui dépend de la fréquence (ou de la longueur d’onde) des ondes considérées :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Spectre_visible#/media/Fichier:EM_spectrumrevised_fr.png
Thème astral et prétentions astrologiques
Pour mieux résumer les croyances de l’astrologie moderne, regardons l’allure d’un thème astral typique :

♈ Bélier ♉ Taureau ♊ Gémeaux
♋ Cancer ♌ Lion ♍ Vierge
♎ Balance ♏ Scorpion ♐ Sagittaire
♑ Capricorne ♒ Verseau ♓ Poissons
☉ Soleil ☽ Lune ☿ Mercure ♀ Vénus
♂ Mars ♃ Jupiter ♄ Saturne ♅ Uranus
♆ Neptune ♇ Pluton ☊ Nœud Lunaire Nord
☋ Nœud Lunaire Sud
source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A8me_astrologique#/media/Fichier:Horoskop.jpg
Il s’agit d’une carte qui détermine la position de différents astres au moment de notre naissance. Supposée dire et prédire des choses sur nous, on peut voir qu’elle contient : 12 signes de tailles égales, le Soleil, la Lune, 8 planètes (Terre exclue « bien sûr », mais Pluton inclue) et en général quelques points particuliers (milieu du ciel, ascendant, etc). Des variantes vont inclure quelques planètes naines, étoiles, comètes ou astéroïdes en plus.
La découpe du ciel en 12 parties de 30° permet de déterminer le signe si le soleil s’y trouve au moment de la naissance. Enfin, il s’agit plutôt d’une découpe d’une portion du ciel, la bande zodiacale, qui suit l’écliptique. S’ajoute souvent à cela 12 maisons sur un second cercle du thème astral, et où les amplitudes ne sont pas forcément 30°. Cela dépend en effet cette fois du lieu et de l’heure de naissance, donc de l’impact de la rotation de la terre sur elle-même. L’ascendant est quant à lui le signe du zodiaque qui se lève à l’Est au moment précis de la naissance. Reste enfin à parler des aspects, qui sont les écarts angulaires entre deux corps le long de l’écliptique, vus depuis la terre. On parle par exemple de conjonction quand les astres sont dans le même degré, d’opposition quand l’angle vaut 180° ou encore de carré quand il vaut 90°. Subtilité notable, l’angle ne doit pas être « exact » pour compter comme une opposition ou une conjonction par exemple, les astrologues tolèrent en effet une certaine marge d’erreur (appelé orbe) dont l’amplitude dépend du type d’aspect.
Les prétentions de l’astrologie relatives aux signes concernent notamment les traits de caractères (créativité, stabilité, etc), celles des maisons les domaines de la vie (travail, famille, etc). L’ascendant apporterait aussi des informations sur l’apparence ou la personnalité, la manière de se montrer au monde [4].
Dans la mesure où l’astrologie s’entend également prévoir des évènements de la vie, des tendances ou encore obtenir des informations sur un « destin » grâce aux astres, elle est considérée par certains comme une forme de « divination ».
D’autres affirmations sont liées par exemple aux compatibilités ou incompatibilités entre les signes de deux personnes. Il est donc supposé que l’on s’entendra mieux en amour avec tel ou tel signe, ou qu’il faudra faire attention à tel ou tel signe au travail. [5]
Arrêtons-nous ici, après ce résumé bref mais intense, et faisons déjà l’effort de quelques premières réflexions…
Les hypothèses astrologiques : se poser des questions
Tout le monde aime à rappeler qu’il faut garder un esprit ouvert quel que soit le sujet. C’est vrai, mais pas au point d’arrêter d’emblée de s’interroger. Ainsi peut-on déjà commencer par se poser des questions et titiller un peu les concepts énoncés. Nous n’aurons peut-être pas de réponse, mais au moins peut-on dresser un premier cadre de réflexion.
En premier lieu peut on se demander : Quelles interactions élémentaires pourraient produire un effet des astres sur notre personnalité ou un « destin » ?
Concernant les interactions nucléaires fortes et faibles, on peut déjà les écarter, puisqu’elles n’agissent qu’à des échelles atomiques, donc pas de planètes en planètes.
Première vraie option, l’interaction électromagnétique. D’une portée infinie, cela pourrait convenir. Nous vient alors des questions :
- S’il s’agit d’ondes électromagnétiques / de lumière, on doit peut-être pouvoir les détecter et les décrire avec des instruments de mesures (radiotélescopes par exemple), non ?
- La lumière des planètes qui nous parvient vient principalement de celle du soleil qui s’y « reflète ». Par absorption et réémission, les couleurs qui nous sont renvoyées sont différentes selon la composition des planètes. Cela pourrait-il expliquer les différences des prétendues influences astrologiques ?
- Les nuages, murs d’un hôpital ou autres obstacles à la bonne réception de la lumière, au moment de la naissance, peuvent-ils changer quelque chose ?
- Si les ondes venant de planètes lointaines, ayant perdue en intensité au moment de nous atteindre, peuvent avoir une influence sur nos vies, que dire alors de celles qui viennent de la terre directement ? Que ce soit de la lumière artificielle ou bien celle du soleil qui se réfléchit partout autour de nous, les effets devraient être considérablement plus grand que ceux des planètes, au vu de l’intensité, non ?
- Puisque Vénus est davantage proche et visible dans le ciel que Pluton, on devrait s’attendre à ce qu’elle soit bien plus impactante sur nos vies que Pluton, non ? L’impact des planètes devrait-il être pondéré en fonction de leur luminosité ?
On pourrait continuer à s’interroger, mais passons à la deuxième grande option : la gravitation. Tout comme les autres forces, elle maintient la vie et l’univers tel qu’on le connait. Elle crée les marées, assure la rotation des astres, etc. Alors après tout, ça pourrait changer quelque chose à nos vies ou d’éventuels destins… mais alors pourquoi de manière bien différente selon la minute de la naissance ?

L’occasion de parler du sophisme de la motte castrale : il consiste à tenir pour vrai une position A, mais si elle vient à être attaquée, de défendre une position B qui est y ressemble mais est plus facile à soutenir. Tout comme il est plus simple de défendre un donjon sur une motte féodale, que de défendre le village. Dans notre cas, il est insuffisant de dire et de défendre que les astres ont bien une influence gravitationnelle sur nous, quand il s’agit pourtant de devoir prouver qu’ils influent sur notre personnalité et un « destin » de manière individuelle.
Soyons clair, l’influence gravitationnelle des autres planètes est très faible à notre échelle. Jupiter étant bien plus massive et proche de la terre que Pluton, son influence sur notre personnalité doit forcément être bien plus forte non ? Et si un camion passe juste à côté de l’hôpital où on nait, son influence est-elle à prendre en compte en astrologie ? Quand on fait le Calcul de l’influence gravitationnelle des différentes planètes sur un adulte de 70Kg (ayant un ours en peluche dans les bras), on remarque certaines choses :

Tiré du Comité de Liaison Enseignants et Astronomes, « Calcul de l’influence gravitationnelle des différentes planètes »
« C’est bien la Terre qui nous attire […]. En deuxième position, on trouve le Soleil, puis la Lune, Jupiter… mais leur attraction est excessivement faible. On peut remarquer que l’attraction de Cérès est plus importante que celle de Pluton. Celle du nounours est du même ordre de grandeur que celle de Mercure ou de Mars.« . Qu’en penser alors ?
On peut faire le calcul nous-même pour Ganymède par exemple, grand satellite naturel de Jupiter, pourtant absent de nombreux thèmes astrologiques. Sa masse est de 1,48 x 1023 kg et sa distance et bien, prenons celle minimale Terre-Jupiter, 589 Millions de Kilomètres (que l’on doit convertir en mètres). Rappelons la constante gravitationnelle G, de 6.67 x 10^-11.
Par la formule F = G x (Masse 1 x Masse 2) / (distance au carré)
On obtient :
F = (6.67 x 10^-11) x (70 x 1,48 x 1023) / (589 000 000 000²) = 1.99 x 10^-9 Newton. C’est un peu moins qu’Uranus ou Neptune, mais bien plus important que l’influence de Pluton… intéressant non ?
On pourra également s’interroger sur l’influence des aspects en ce qui concerne cette gravitation. Car souvent en astrologie, les significations changent grandement selon les angles relatifs entre les planètes. Par quels mécanismes ces variations angulaires pourraient-elles influencer nos vies ? Et pourquoi ce changement d’interprétation ne serait-il pas pondéré en fonction de la part inégale des influences gravitationnelle des corps en jeu dans l’angle considéré ?
On pourrait encore penser aux champs magnétiques des planètes, mais pas à cette distance et pas en plus en considérant tous les champs magnétiques sur terre (ou de la terre elle-même), bien plus puissants…
Une dernière option pourrait-être l’existence d’une nouvelle interaction inconnue de la science. Une option finalement assez pratique mais alors, hautement spéculative et dépourvue de base scientifique (jusqu’à preuve du contraire !).
Faire ce genre de raisonnements ne nous dit en soit rien de définitif sur l’existence d’effets réels, ou sur la validité des thèmes astraux, ou encore sur l’efficacité de séances auprès d’astrologues de profession. Cependant, au moins pour l’influences des astres, cela permet d’émettre certains doutes à priori. Cela permet, enfin, de se rappeler qu’il faut toujours se poser plein de questions et voir ensuite si les réponses sont satisfaisantes.
Ciel astrologique vs Ciel astronomique
On peut s’interroger sur les astres utilisés ou sur leurs influences respectives : pourquoi telle planète aurait autant d’influence que telle planète alors que les distances et tailles ne sont pas les mêmes ?
On peut aussi faire remarquer que les orbites des planètes ne sont pas exactement toutes (tout le temps) sur la bande zodiacale. Regardons cette image, tirée d’une conférence de Serge Bret-Morel : « L’Astrologie et la Science, y a-t-il du vrai ?« :

Quoi qu’un peu floue, on peut y distinguer la bande zodiacale (en noir) autour de l’écliptique. Si dans le passé, cette bande pouvait servir à repérer les planètes connues, on peut voir que ça n’est pas le cas de Pluton par exemple (les points rouges), qui en sort régulièrement. La planète a en effet été découverte bien plus tard que la création de cette bande zodiacale.
Si l’astrologie tropicale moderne entendait faire correspondre signe et constellations, comme on le croit à tort parfois, il faudrait prendre en compte plusieurs facteurs : Des constellations aux amplitudes largement différentes (donc pas 30°), des constellations en trop, en moins, … il faudrait aussi prendre en compte la précession des équinoxes (l’axe de la terre change légèrement au cours des années, ce qui fait tourner le ciel, et donc se décaler les constellations petit à petit, d’un degré tous les 72 ans environ [6]). Et même en astrologie « sidérale », qui tente de correspondre davantage au ciel, on garde souvent le découpage du zodiaque en 12 parties égales.
La raison à tout cela : la division du ciel en 12 est arbitraire et symbolique et la plupart des astrologues professionnels le savent bien. Il est donc à la fois important de comprendre les arguments astronomiques (pour comprendre que le ciel des astrologues n’est pas le même que celui des astronomes), mais également important de noter que certains de ces arguments sont hors-sujet. Car en effet, si l’astrologie prétend faire un lien entre un repérage symbolique des planètes et nos personnalités/destins, alors c’est cela qu’il faut évaluer ou critiquer, et non pointer des incohérences astronomiques.
En poussant le raisonnement, on s’autorisera néanmoins à se demander : si l’astrologie n’est pas l’influence d’astres réels, dans un ciel réel, avec des forces réelles, qu’est-ce qui est sensé influencer quoi, au juste ? Qu’est-ce qui est sensé « fonctionner » ?
La symbolique et les saisons
L’astrologie tropicale moderne se base en définitive sur des symboles et des saisons : 3 signes pour 4 saisons, on obtient bien 12. Ainsi le Poisson, associé à l’eau, sera considéré comme un signe de l’hiver, tandis que le Lion, associé au feu ou au soleil, un signe d’été.
On pourra à nouveau s’interroger sur le rapport au réel : dans la nature, les saisons ne sont pas marquées aussi précisément que les signes ne changent en astrologie. De plus, et c’est très important, les saisons ne sont pas les même en fonction des endroits du globe ! Dans l’hémisphère sud, les saisons sont inversées, ainsi on se demandera pourquoi le Verseau (janvier – fevrier) serait un signe d’hiver en Europe alors qu’il devrait être un signe d’été si on se trouve en Australie… Pour enfoncer le clou, il arrive, entre les tropiques, qu’il n’y ait même pas 4 saisons, il y a seulement une saison sèche et une saison humide. Par convention, c’est donc ce qu’il se passe dans l’hémisphère nord qui est pris en compte. L’astrologie moderne ne serait donc cohérente qu’avec une partie restreinte de la terre ?
D’autres symbolismes peuvent interroger : L’astrologie distingue des signes féminins ou masculins.

Source : https://icalendrier.fr/signes-astrologiques/interpretation
Il est considéré que le soleil est associé au masculin et à l’actif, et la lune au féminin et au passif. Pourtant, si en français on dit Le Soleil et La Lune, c’est l’inverse en Allemand (Die Sonne, Der Mond). Sur quelle base se fonde cette pseudo-évidence, alors ? De la même manière, on peut voir dans le diagramme plus haut que le signe du Taureau est associé au féminin. On a connu plus évident, non ?
Des saisons, des éléments, des genres, des modalités,… quels mécanismes pourraient relier concrètement ces notions abstraites à nos personnalités et nos destins ?
Voilà déjà quelques paragraphes que nous soulevons des interrogations et ce qui semble être des incohérences, que nous tentons à la fois de dresser les contours de l’astrologie et à la fois de nous poser les questions qui dérangent. Mais peut-être est-il temps de trouver des réponses. Car après tout, même sans tout comprendre, même avec d’apparentes contradictions, l’astrologie (et son usage concret) pourrait quand même fonctionner. Ça ne serait pas la première fois de l’histoire où quelque chose d’invraisemblable fonctionne quand même !
Allez, place à la science !
L’étude de Carlson
Une des études majeures sur le sujet est celle de Shawn Carlson en 1985 « A Double-blind test of astrology »[7] dans la revue Nature. Le but original de son expérience était de tester l’astrologie en satisfaisant à la fois les scientifiques (éviter des biais expérimentaux) et les astrologues professionnels (car les prétentions déjà testées étaient parfois, selon eux, des caricatures du travail réel des astrologues).
Les prétentions testées ici étaient que la position des planètes au moment de la naissance serait reliée aux profils psychologiques des sujets, via les thèmes astraux. Le design de l’étude était fait en accord avec 28 astrologues volontaires, sur plus de 100 profils psychologiques et de nombreux biais possibles furent contrôlés.
La première partie de l’expérience était d’abord focalisée sur les sujets. On leur donnait 3 interprétations de thèmes astraux établis selon les astrologues. Parmi ces 3 interprétations, une seule correspondait réellement à leur date de naissance, les 2 autres étaient choisies au hasard parmi les thèmes astraux des autres sujets. Le but du jeu est pour eux de déterminer quel était le plus probablement leur propre thème astral parmi les 3, en notant de 1 à 10 cette probabilité.
Les sujets ne réussirent pas mieux à identifier leur interprétation de thème astral, que ce que le hasard aurait pu produire.
La deuxième partie de l’expérience concernait davantage les astrologues. On donna à chacun une carte de naissance choisies au hasard parmi les sujets, ainsi que 3 profils établis selon le California Psychological Inventory (CPI). Un profil correspondait bien au sujet concerné par la carte de naissance, et 2 autres profils CPI étaient choisis au hasard. Le but du jeu était donc pour les astrologues de relier le thème astral au bon profil.
Les astrologues ne firent pas mieux que le hasard.
Carlson conclut entre autres : « Nous sommes désormais en mesure de présenter des arguments étonnamment solides contre l’astrologie natale telle qu’elle est pratiquée par des astrologues réputés. »
Dean, Kelly et bien d’autres
Ces résultats sont répliqués dans d’autres études sur les mêmes thèmes. Ainsi, les astrologues ne sont pas à même de relier thème astral et personnalité ou métier, et leurs réponses sont bien souvent incohérentes entre elles, comme lors de l’Astrotest de 1994 qui mettait à l’épreuve une cinquantaine d’astrologues [8].
Dans le travail méta-analytique «Is Astrology Relevant to Consciousness and Psi? » de 2003 [9], Dean et Kelly résument en page 190 :
« Les tests d’exactitude consistent généralement à comparer les cartes du ciel avec des informations telles que les profils de personnalité ou les antécédents médicaux. À ce jour, plus de quarante études ont été publiées, portant sur près de 700 astrologues et 1 150 cartes du ciel. […] Il n’y a clairement rien ici qui suggère que les astrologues peuvent obtenir des résultats significativement meilleurs que le hasard, une fois que les facteurs cachés sont contrôlés. »
De la même manière, les études rétrospectives sur les « Jumeaux astrologiques » (des personnes nées à des intervalles de temps proche, donc supposés avoir les mêmes prédictions astrologiques) ne montrent pas de corrélations particulières en considérant différents traits (personnalités, réalisations personnelles, etc) [10].
Dans Ten million marriages: A test of astrological ‘love signs’ [11], David Voas a voulu savoir si des signes astrologiques étaient effectivement plus compatibles entre eux que d’autres. Il regarde alors les signes de plus de 10 millions de mariages en Angleterre et au Pays de Galle, et analyse la fréquence d’apparition de chaque « paire de signes » pour voir si certaines paires sont plus fréquentes que ce que le hasard pourrait suggérer.
L’étude conclue : « Cette étude montre que le signe astrologique n’a aucune incidence sur la probabilité de se marier avec une personne d’un autre signe et de rester marié avec elle. »
L’auteur ajoute : « Ce qui peut toutefois surprendre, c’est l’implication que même la croyance astrologique n’a apparemment aucune influence sur le choix du partenaire. […] Le fait que nous ne constations pas de tels effets suggère que le nombre de véritables croyants doit être très faible (à moins que les conseils qu’ils lisent ne soient aléatoires). En fin de compte, le fait de tomber amoureux ne semble avoir aucun rapport avec les étoiles, ni même avec ce qu’elles pourraient nous révéler. »
Dans une autre étude rétrospective de Peter Austin de 2006 [12], les données de plus de 10 millions de résidents en Ontario ont été analysées pour voir si des associations pouvaient être faites entre certains problèmes de santé et des signes astrologiques. Ils se sont basés sur 223 diagnostics communs pour des hospitalisations et ont regardé si des pics statistiques se dégageaient dans un premier groupe de 5 millions de sujets. Ils ont trouvé des pics pour 24 associations. Alors, l’astrologie prouvée ? Pas si vite ! En retestant ces mêmes 24 associations sur le deuxième groupe de 5 millions, 22 disparaissent… et les 2 derniers disparaissent après avoir appliqué une correction spécifique à ce genre d’études (multiple testing correction).
Leur but dans cette étude était en fait précisément de mettre en lumière le problème des comparaisons multiple. Quand on regarde à suffisamment d’hypothèses en même temps sur le même jeu de données, et qu’on les teste avec un seuil de significativité peu strict, alors on peut trouver des associations là où il n’y en a pas, des faux positifs. Mais nous, ça nous permet en tout cas de voir que des liens entre les signes astrologiques et la santé, on n’en trouve guère…
D’autres études montrent par exemple que les astrologues ne sont pas à même de prédire correctement si une personne sera introvertie ou extravertie [13], ou encore échouent à mettre en évidence des effets comme l’effet Mars, sensé relier la position de Mars au moment de la naissance avec les qualités athlétiques d’une personne [14]. Bref, les preuves s’accumulent depuis bien longtemps, et plus on élimine de biais, moins les prétentions et phénomènes liés à l’astrologie ne semblent plausibles [15].
Alors, qu’est-ce qui « marche » ?
Les adeptes de l’astrologie diront que même sans l’aval des sciences, chez eux, ça « marche ». Il faut pour y répondre scinder l’astrologie en deux concepts : les phénomènes supposés, qui eux sont mis en déroute par les études, et les séances auprès d’astrologues. Ces dernières peuvent, dans certains contextes, être efficaces, mais pour d’autres raisons : le thème astral sert avant tout de support à une conversation, à une introspection, à une discussion, à une recherche de sens. Peu importe si ce qui ressort du thème ne colle pas tout à fait avec la vie du client, tant que cela sert de base à une écoute empathique et des conseils avisés. Avec un peu de pratique, de lecture à froid, de psychologie, de dialogue, les astrologues peuvent malgré tout parvenir à leurs fins.
Il est aussi important de parler de la trop grande liberté interprétative des thèmes astraux. Prenons les « aspects », les écarts angulaires entre les astres. Entre les conjonctions, les oppositions, les carrés (90°), il est très facile pour un astrologue de choisir uniquement ce qui permettra de confirmer ce qu’il pense déjà, et d’ignorer le reste. En somme, de faire de la cueillette de cerise. D’autant que pour rappel, il y a une tolérance large des angles (les orbes), rendant la tâche encore plus facile.
Difficile à croire ? Dans sa vidéo Poutine, une Balance exceptionnelle (exceptions et biais de confirmation dans l’astrologie), Serge Bret-Morel, l’ex-astrologue devenu sceptique, montre ce problème. Il est vrai que dans ce contexte de guerre, il est difficile de considérer le dirigeant russe comme un modèle d’équilibre et de paix… Il conclue « Comme vous pouvez le constater, c’est très simple de trouver ce qu’on veut dans une carte de naissance. Elle est tellement complexe que vous allez toujours trouver une ou deux configurations qui iront dans le sens que vous voudrez et indépendamment de la réalité des choses ».
Pour enfoncer le clou, il y a aussi l’effet Barnum (la validation subjective) qui entre en jeu, ce biais cognitif qui tend à nous faire penser qu’une description vague de notre personnalité s’applique spécifiquement à nous-même. Par exemple, une description telle que « Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement les compenser. Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas encore utilisé à votre avantage. À l’extérieur vous êtes discipliné et vous savez vous contrôler, mais à l’intérieur vous tendez à être préoccupé et pas très sûr de vous-même […] » [16] est à la fois vague et applicable à la plupart des personnes, la garantie du succès. On parlera aussi d’effet puits : un texte qui est vide, creux mais paraît profond. C’est sur ce ressort que joue certaines descriptions de livres d’astrologie concernant les signes et personnalités, ou encore les simples horoscopes de presse.
S’ajoute enfin à cela bien d’autres biais cognitifs ou sophismes : le biais de confirmation, le biais de sélection, l’illusion de corrélation, le cherry-picking, le biais du survivant (seuls les clients satisfaits reviennent pour en témoigner), etc. Bref, sans méthode, on retient ce qui nous arrange, on ignore ce qui nous réfute, on se laisse convaincre par du vague ou du vide. On pense que ce qui s’applique à beaucoup s’applique en fait à nous en particulier. Et, surtout, on a « envie que ça marche » pour nous donner une forme d’illusion de contrôle sur notre vie et pour conforter notre vision du monde.
Ainsi, à l’efficacité relative des séances elles-mêmes s’ajoute une « impression » d’efficacité, liée à différents biais et effets bien documentés.
Conclusion
Encore une fois, un seul article pour un sujet aussi vaste ne lui rendra pas honneur. J’espère cependant avoir fait réfléchir sur le rapport de l’astrologie au monde réel et avoir apporté suffisamment de données et études pour comprendre à quel point l’édifice a des bases fragiles. Soyons encore plus clair : Tant sur le plan théorique, où l’on trouve de nombreuses incohérences ou zones floues, que sur le plan expérimental, où de nombreuses études convergent, les prétentions de l’astrologie ne tiennent pas.
Cela fait pourtant des dizaines d’années que les données des sciences, aussi rigoureuses qu’elles soient, sont contestées ou ignorées par les adeptes. On ira chercher « cette étude en particulier qui dit l’inverse », on invoquera le fait que « des biais existent dans les études » ou que les scientifiques sont « trop obtus dans leur approche », ou que l’astrologie ne peut « pas être testée par les sciences ».
Et c’est peut-être finalement ça qui nous permet de comprendre l’essence d’une pseudo-science. Comme l’évoque le philosophe et écrivain Frank Cioffi [17] :
« L’astrologie a été mille fois réfutée, et pourtant ses adeptes continuent à trouver mille « confirmations » de leurs théories. Voilà le seul critère de pseudo-scientificité qui vaille : c’est la mauvaise foi – le silence observé sur les réfutations, l’invocation de confirmations imaginaires, la manipulation des données, voire le mensonge pur et simple. »
On rétorquera enfin que, après tout, il n’y a aucun mal à en faire usage quand bien même ce serait de la poudre aux yeux. J’ai toujours eu du mal avec ce genre d’argument. Cela revient à s’enfuir dans un monde illusoire et mensonger et à espérer que le bilan sur notre vie (et celle de nos proches) sera positif… Ensuite, je doute que les gens qui prononcent cet argument n’ait réellement envie de croire quelque chose de faux. Par exemple, croire qu’il y aurait une « incompatibilité » entre deux signes alors que c’est faux reviendrait à risquer de s’éloigner de quelqu’un qui aurait pu nous être bénéfique (et vice-versa, se rapprocher de quelqu’un de toxique). Prendre des risques sur sa santé parce que les astres nous auraient dit que tout allait bien se passer n’est pas non plus souhaitable.
Enfin, les données des sciences montrent par exemple un lien entre la croyance en l’astrologie et d’autres croyances paranormales, conspirationnistes, avec des raisonnements plus intuitifs qu’analytiques ou encore certains traits de personnalités [18].
Elle amène une conception du monde erronée ou entraine des prises de décisions biaisées. Elle joue comme une porte d’entrée vers d’autres pseudo-sciences ou pseudo-médecines, voire certaines dérives. Elle entretient également la confusion entre connaissances scientifiques et croyances populaires. Tout ceci constitue une forme de danger, même si cela peut paraître alarmiste ou exagéré pour certains.
Je pense, personnellement, que se débarrasser des croyances réfutées et des raisonnements fallacieux n’est jamais futile. Il restera à espérer que le chapitre de l’incroyable longévité de l’astrologie se termine un jour…
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Sources:
Mentionnons déjà le travail pédagogique incroyable de Serge Bret-Morel, un ex-astrologue professionnel devenu sceptique, qui tient une chaine Youtube Astroscept ainsi qu’un Blog. Il fait également des conférences https://www.youtube.com/watch?v=4HaibNZxc-0.
[1]https://en.wikipedia.org/wiki/Astrology
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/astrologie/6002
https://www.sceptiques.qc.ca/dictView.php?ID=86
[2] https://www.ifop.com/article/les-francais-et-les-parasciences/
[3] https://cnes.fr/dossiers/planete-jupiter
https://www.reddit.com/r/spaceporn/comments/sfghe8/a_size_comparison_of_our_solar_system_1000/?tl=fr
https://www.skyatnightmagazine.com/space-science/how-take-light-from-sun-reach-earth
[4] https://www.astrotheme.fr/analogie-entre-signes-et-maisons-astrologiques.php
https://www.astrotheme.fr/theme_astral_et_carte_du_ciel.php
https://www.universalis.fr/encyclopedie/divination/5-les-techniques-astrologiques/
[5] https://www.astrotheme.fr/compatibilite_astrologique_de_couple.php
[6] https://www.techno-science.net/definition/6586.html
[7] S. Carlson (1985) A double-blind test of astrology Lien vers l’article
[8] Rob Nanninga (1997) The Astrotest : A tough match for astrologers Lien vers l’article
[9] Geoffrey Dean and Ivan W. Kelly (2003) Is Astrology Relevant to Consciousness and Psi? Lien vers l’article
[10] Par exemple, le test mentionné page 188 dans la métaanalyse de Dean et Kelly du point [10]. Il porte sur 2100 jumeaux astrologiques à Londres.
[11] David Voas (2007) Ten million marriages: A test of astrological ‘love signs’ Lien vers l’article
[12] Peter C Austin, Muhammad M Mamdani, David N Juurlink, Janet E Hux (2006), Testing multiple statistical hypotheses resulted in spurious associations: a study of astrological signs and health Lien vers l’article
[13] Dean (1987) Does Astrology Need to Be True? Part 2: The Answer Is No Lien vers l’article
Et aussi Jan J.F. van Rooij (1994) Introversion-extraversion: astrology versus psychology Lien vers l’article
[14] Dean (2002) Is the Mars Effect a Social Effect? Lien vers l’article
[15] voir aussi :
https://www.sceptiques.qc.ca/dictView.php?ID=86
https://skepticalinquirer.org/2016/11/does-astrology-need-to-be-true-a-thirty-year-update/
https://www.youtube.com/watch?v=4HaibNZxc-0
https://www.afis.org/L-astrologie-a-l-epreuve-ca-ne-marche-pas-ca-n-a-jamais-marche
Understanding Astrology: A Critical Review of a Thousand Empirical Studies 1900-2020 (Dean & cie)
[16] Forer (1949) The fallacy of personal validation: A classroom demonstration of gullibility Lien vers l’article
voire aussi https://www.youtube.com/watch?v=9TlCh_uoGVw
[17] Extrait de Frank Cioffi issu du Livre noir de la psychanalyse en page 304.
[18] Tilmann Betsch, Leonie Aßmann, Andreas Glöckner (2020) Paranormal beliefs and individual differences: story seeking without reasoned review Lien vers l’article
Petra Müller & Matthias Hartmann (2023) Linking paranormal and conspiracy beliefs to illusory pattern perception through signal detection theory Lien vers l’article
Ida Andersson, Julia Persson, Petri Kajonius (2022) Even the stars think that I am superior: Personality, intelligence and belief in astrology Lien vers l’article
Abhilasha Das, Manoj Kumar Sharma, Himani Kashyap, Srijita Gupta (2022) Fixating on the future: An overview of increased astrology use Lien vers l’article